Promesse d’urbanité

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Promesse d’urbanité 05.07.2012

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AUTHOR: Marlène LEROUX

Contexte

En Chine, le phénomène d’urbanisation ne faiblit pas. Les directives du 12e plan quinquennal avec ses prévisions de construction de millions de logements sociaux couplé avec l’assouplissement des restrictions des migrations internes laissent entrevoir un maintien soutenu de la densification et de l’aménagement des zones agricoles aux abords des villes. Cette planification massive motivée principalement par des quotas à atteindre et des règles métriques à respecter tend à uniformiser drastiquement le paysage urbain chinois. Si l’espace public prend une place prépondérante dans la représentation des plans de planifications, quel est le véritable enjeu de sa présence et dans quelle mesure a-t-il la capacité à générer de l’urbanité?

Cas de la ville de Qingdao, pôle économique secondaire, située sur la frange côtière urbanisée.

La ville actuelle dont les activités sont principalement portuaire et industrielle, veut se doter d’une ville nouvelle accueillant le secteur tertiaire et des technopôles conformément aux volontés d'évolution de la structure économique impulsée par le gouvernement central.

Pour ce faire, près de 150 « villages », devront être assimilés par cette ville nouvelle.

Ces « villages » ou plutôt communautés ouvrières agricoles sont le résultat du mouvement des communes populaires [1] mis en place à l’époque du gouvernement maoïste. Crée de toutes pièces, ce regroupement de population ouvrière sélectionnée est extrêmement homogène, tant en terme de profession, d’âge que d’éducation. Aujourd'hui, dans le nouveau contexte socio-économique chinois ces communautés qui ne sont plus la structure de base de l'économie sont en crise. Trop isolés pour se diversifier ces villages et le type d’espace public qui en découle représentent encore un certain idéal communiste qui dans un souci de rentabilité extrême et de mise en valeur des relations entre individus par le travail, a réduit l’espace public aux circulations seules. Aux croisements des rues, s’organise parfois un espace de rencontre ; sans grande conviction, on y boit le thé et on vend son maigre butin. Peu à vendre, rien à acheter, entre journées interminables ou totale inactivité, il n’y a pas grand-chose à se raconter. Dans les courettes, l’intimité familiale trouve sa place ainsi que des activités agricoles vivrières.

1. Le phénomène des communes populaires (renmín gong she), est un mouvement économico-politique lancé par le PCC en Chine dans les zones rurales en 1958 et dans les zones urbaines après 1960. La première étape consistait à donner la terre au paysan ; une deuxième à la lui reprendre à l'agglomérer afin de créer les kolkhozes chinois sous le nom de « coopératives » ; la troisième, sous le nom de commune, visait à créer une nouvelle unité sociale, économique et politique.

La projection de ces espaces publiques a pour mission avouée de remodeler la société civile. Ces alignements, axes de déambulation et foisonnements de géraniums ont pour mission de « civiliser » les paysans. Persuadé que le contenant peut influencer le contenu. Les automatismes conceptuels, l’application de règles de standardisations, l’effacement de l’épaisseur spatiale qu’offraient les ruelles et cours intérieures, annulent des dédales et accidents, permet alors au regard éducateur de s’initier en tout lieu. Ainsi, derrière les discours d’hygiénisme et de combats de l’insalubrité, cette stratégie d’urbanisation forcée cherche à modifier par l’espace urbain l’identité et le statut de ces paysans et ouvriers.

Le témoignage de la distance entre projection imaginaire et réalité brille par le silence de son espace public. Les familles expropriées se sont vu octroyer plusieurs logements en dédommagement de leur passive collaboration, troquant leurs micro-activités vivrières contre des loyers futurs. Ce paysage bétonné et autoritaire génère une intensité d’espace public quasiment nul.

Les nouveaux appartements offerts généreusement se révèlent par la suite comme un nouveau contrat avec ces nouveaux urbains qui sans le savoir s’endettent à l’instant où ils prennent les clés. L’électricité, l’eau, les charges, leur seront pour la première fois exigées sans pour autant qu'un nouveau revenu puisse y faire face. Ici, l’eau de la fontaine publique est encore gratuite, elle est alors largement utilisée…

Par une multitude d’accords tacites, chacun teste les limites de sa possibilité d’appropriation de l’espace public, en fonction de son voisin le plus proche ou jusqu’à la communauté entière. Dans ces poches d’habitations quasi autarciques, les habitants apprennent à répondre à leurs besoins primaires. Ainsi, cet espace public si normatif soit- il, se laisse modifier, remodeler, preuve de la capacité de l‘homme à adapter son environnement à ses besoins. Sur quelques mètres carrés, l’espace est approprié, un nœud d’activité peut s’improviser. On voudrait, pour quelques instants, interpréter ces signes comme positifs, comme un petit rien de résistance au façonnage imposé, c’est plutôt une image de désespoir que nous retiendrons.

Conclusion

Si ostentatoire soit elle, l’initiation du gouvernement dans la sphère du domaine public prend l’aspect d’axes majestueux, de vides ultras contrôlés. Faisant démonstration de sa puissance par sa capacité, souvent arbitraire, de tout effacer, il défie sans cesse les traces du temps, les mémoires locales. Plusieurs fois dans une seule vie, l’autorité rappelle aux hommes qu’ils ne sont en aucun cas maîtres de l’espace qu’ils habitent, qu’ils lui seront toujours redevables. Ainsi, l’espace public n’appartient-il pas à la population, mais véhicule-t-il l’expression du pouvoir. Ici, l’échec de l’espace public semble programmé.